Retour sur 2020, naissance du projet en Inde

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Les cloches de la fin 2020 ont enfin sonné ! Et pour moi, l’heure du bilan de cette aventure que j’avais envie de partager. J’en profite pour vous souhaiter une lumineuse année sous le signe de la joie et de l’amour ! Que vous puissiez vivre vos rêves ! Merci d’être avec moi et d’être venu(e)s découvrir mon univers.

Malgré les difficultés, j’avais envie de clôturer cette année dans la gratitude car au-delà d’une année compliquée, 2020 a été initiatique pour tous. Nous avons dû nous adapter tant bien que mal, nous demandant des efforts et du courage. Alors, je veux revenir aux bons moments, aux apprentissages reçus et aux belles images de l’Inde qui a fait naître nuances de flow.

Et vous, à quoi dites-vous merci en 2020 ? Derrière toutes crises se cachent des messages de lumière pour la suite. Quels sont les vôtres ?

Varanasi

2020, une année roller coaster

Janvier 2021, je regarde en arrière. Entre doute, remise en question et stress, notre pouvoir d’action a été mis à rude épreuve. Mais cela a été l’occasion d’explorer tout mon être, dans ses phases les plus obscures et les plus lumineuses. En comprenant mes phases sombres et en m’adaptant, j’ai eu la force de construire les fondations de mon projet, de ne pas reculer devant la tâche gargantuesque, loin d’être terminée.

Aujourd’hui, je prends conscience que c’est en agissant pas à pas, dans la patience, que je peux matérialiser mon rêve et construire ma réalité.

Ce que je remercie en 2020 :

  • mon voyage en Inde avec son lot de découvertes, de rencontres et d’émotions
  • la concrétisation de mon projet et de ma collection, le shooting en Inde et en France, mon site, mon premier marché physique et les belles rencontres, mes premières ambassadrices, ma participation à une initiative de Noël regroupant de chouettes créateurs, continuer de créer en France, renforcer mes compétences et en apprendre de nouvelles
  • niveau personnel, jour après jour, je (re)découvre des facettes de moi. J’apprends à être plus résiliente, avoir plus confiance en moi, sortir de ma zone de confort, prendre soin de moi…

Mes bas et les choses que j’aurai pu mieux faire :

  • les réseaux sociaux : comment bien les maîtriser et être plus à l’aise sur les réseaux ?
  • mes doutes qui m’ont faites manquer des actions
  • beaucoup d’émotions négatives qui génèrent fatigue, stress, procrastination et auto-sabotage

Prendre conscience de mes doutes pour en faire des clés de progression en 2021 :

  • déléguer la partie réseaux sociaux et communication
  • collaborer avec des personnes et marques que j’aime
  • participer à des évènements physiques et ventes privées à domicile
  • développer la visibilité à travers des boutiques et la presse
  • continuer à créer, aller plus loin dans mon exploration des plantes (teinture, botanique, herboristerie, médecines douces), le partager avec vous
 
Marché des fleurs

Naissance de nuances de flow : pourquoi je crée en Inde ?

L’Inde, le pays qui m’a fait renaître… C’est avec émotion que je repense à l’étape de création et de production en Inde, un pays qui me fait tant vibrer et qui touche aux plus profonds de mon âme.

Plus qu’une terre de savoir-faire, l’Inde est inspirant pour de multiples raisons tant son histoire est marquée par de nombreuses influences culturelles. En constante mutation, ce pays continue sa course au développement entre tradition et modernité, non sans prendre des risques et au détriment de la population, d’où cette force et cette lumière qui émanent d’elle.

Avant ce voyage, ce pays était comme un doux rêve. Je ne le voyais qu’à travers des images de films, de livres, de reportages, des couleurs, des visages aux regards profonds. J’imaginais alors une Inde magnifique et mystique, loin de la réalité, de certaines mentalités encore archaïques et de son extrême pauvreté.

Partir en Inde, c’est nous offrir l’occasion de lâcher prise sur nos croyances et de s’émerveiller de chaque instant tant leur quotidien nous paraît insolite à nos yeux d’Occidentaux. Ouvrons-les grands car n’oublions pas que dans le chaos naît la lumière. Et qu’est-ce qu’elle peut être difficile de la déceler en Inde dans ce brouhaha ambiant.

CARNET DE VOYAGE

Étape 1 : Jaipur, stage de teinture ayurvédique

Hawa Mahal, le palais des vents aux 953 fenêtres, symbole de la civilisation radjpoute datant du XVIIIe siècle

 

Octobre 2019, direction Jaipur pour une semaine d’initiation à la teinture ayurvédique.

 

Qu’est-ce que la teinture ayurvédique ?

Appelée ayurvastra en sanskrit (ayur : la vie et vastra : le tissu), cette méthode de teinture s’inspire de l’ayurvéda (veda : la science), médecine traditionnelle indienne depuis 5000 ans. L’ayurvéda est une médecine holistique qui prend en compte l’état du corps, du mental et de l’esprit dans l’environnement où il se trouve. Il évalue l’humain dans sa globalité pour améliorer son hygiène de vie et prévenir certaines maladies. Il ne peut guérir les maladies aux stades avancés mais peut toutefois apaiser le mental et soutenir le mieux-être du corps et de l’esprit du patient.

Pour cela, l’ayurvéda utilise différentes techniques : l’alimentation, la médication par les plantes, le yoga, la méditation et le massage. Mis ensemble, ils forment un art de vivre, un rituel quotidien à suivre qui va soutenir, rééquilibrer nos énergies (appelés doshas) en déséquilibre (cause de maladies) et améliorer notre système immunitaire.

Ayurvastra

A quoi sert l’ayurvastra ? 

Dans les textes ayurvédiques, on ne détaille pas cette technique mais il était dit qu’un tissu trempé dans du curcuma pouvait aider à la cicatrisation d’une blessure. En effet, les pores de la peau, très sensibles, peuvent absorber les vertus des plantes. Mais rien n’atteste scientifiquement en Occident que les vertus des plantes puissent être efficacement diffusés dans le corps grâce au tissu. Toutefois, on peut noter son efficacité à soulager les problèmes de peau sujettes aux eczémas, allergies et à la cicatrisation car directement en contact avec notre peau.

C’est plutôt dans une optique de bien-être et de recherche de naturel que l’ayurvastra se développe aujourd’hui. Tout comme sa science maîtresse, l’ayurvéda, il aide à trouver un certain équilibre de notre corps / esprit de façon holistique, à travers tous les domaines de notre vie.

 

Ayurvastra
Preem
Preem qui pile des écorces de Babul (nom ayurvédique de l'arbre d'Acacia)
Babul tree
Ecorces d'Acacia, connues pour ses vertus bucco-dentaires

La différence entre teinture ayurvédique et teinture naturelle ?

Dans l’ayurvastra, on va tremper les tissus dans une décoction d’environ 50 plantes connues pour leurs vertus et selon des recettes de l’ayurvéda. Ici on ne recherche pas la puissance de la couleur végétale mais plutôt les bienfaits des plantes. Pour donner une teinte fantaisie au tissu, il sera trempé dans un autre bain de plante à la vertu colorante.

Dans la teinture naturelle, on va plutôt préconiser la couleur et donc seulement teindre dans un bain d’une ou deux plantes aux pouvoirs colorants.

 

Ayurvastra
Décoction de plantes ayurvédiques
Ayurvastra
Tissu teint dans cette décoction
Aloe vera
Aloe vera, connue pour son pouvoir hydratant et apaisant. Elle soulage les inflammations de la peau.
Amla
Amla, riche en vitamine C, est réputé comme régénérant puissant en Ayurvéda. Sa poudre est utilisée pour prévenir la chute des cheveux, pour illuminer le teint et purifier la peau.

Étape 2 : Kerala (Fort Kochi et Munnar), visite des ateliers de teinture

Backwaters au Kerala

 

Après cette semaine bien colorée à Jaipur, j’embarque pour le Kerala, la région la plus tropicale au sud de l’Inde. Un havre de paix parfait, entre pause et travail !

Je séjourne à Fort Kochi, une petite ville balnéaire située sur l’île Cochin. On peut soit la rejoindre en voiture soit en ferry, beaucoup plus court et dépaysant. Je suis tombée amoureuse de cette ville pour son charme pittoresque, son ambiance village et son métissage culturel dû aux influences coloniales (juives, portugaises, hollandaises puis anglaises).

On est de suite dépaysé du reste de l’Inde par son décor tropical où s’attèlent les pêcheurs et les marchands d’épices. Une douceur de vie s’y dégage et on se laisse volontiers guider par une balade à travers l’histoire colonial, les odeurs des épices ou des vieux meubles et la chaude brise venant de la mer d’Arabie.

La culture à Fort Kochi est foisonnante grâce à la réhabilitation des édifices historiques en hôtels ou en espaces culturels où a lieu chaque année la Biennale de Kochi par exemple (à voir si vous passez par-là).

Le travail mêlé aux plaisirs, je rejoins Munnar où se trouve l’atelier de teinture Aranya Natural, à plusieurs heures de bus sur des routes cahoteuses. Mais le paysage en vaut le détour. Nous traversons des rangées de jungles et de montagnes luxuriantes.

J’y reste 15 jours pour connaître leur technique de teinture et faire teindre mes tissus. Pendant ces deux belles semaines, j’ai pris mes marques et me fondais dans le décor : pris le bus scolaire matin et soir, déjeuné dans leur cantine et balade au cœur des champs de thé. Cet endroit abondant de nature est un véritable souffle de vie.

Nuancier Aranya Natural
Nuancier de couleurs végétales sur soie et coton
Déchets de thé réutilisés pour la teinture
Red creeper
Ecorces destinées à la teinture

J’en profite aussi pour rencontrer un autre atelier de teinture ayurvédique, Kairali Exports, près de Trivandrum, capitale du Kerala.

Découvrir la teinture ayurvédique auprès de personnes passionnées fut une expérience mémorable et je repars avec de nouveaux savoirs enrichissant mon exploration des plantes. Dans le futur, j’aimerai approfondir ce savoir ancestral, à la fois mystérieux et tellement avant-gardiste car plein de promesses pour révolutionner la médecine et les textiles.

Pour l’instant, je ne travaille pas avec les teintures ayurvédiques car l’ayurvastra s’appliquerait plutôt aux vêtements d’intérieur (lingerie, yoga ou pyjama). Portés près du corps et lorsque celui-ci est au repos (sommeil, cocooning, yoga, méditation), le corps est justement plus apte à recevoir et ressentir les bienfaits des plantes, favorisant le bien-être. On trouve déjà dans le commerce des marques de tapis de yoga teints dans la tradition ayurvédique comme Bennd Yoga, De Uria ou Yla

Ayurvastra Garance
Ayurvastra Rose clair
Ayurvastra Indigo
Ayurvastra Gris
Ayurvastra vétiver
Ayurvastra Tulsi
Ayurvastra Curcuma
Ayurvastra Neem
Palette de couleurs venant des plantes ayurvédiques

Étape 3 : Delhi, la phase de prototypes

Shahpur Jat
Shahpur Jat - Source : D for Delhi

 

Retour à Delhi pour y faire les prototypes avec mon amie Vaishale, créatrice d’une magnifique marque de denim haut de gamme et éco-responsable, Cross the line. 

Elle a ouvert son atelier il y a 2 ans dans le quartier branché de la mode, Shahpur Jat. Connu pour ses superbes boutiques de créateurs, les Indiennes de classe moyenne aiment s’y rendre pour faire leur shopping ou faire leurs essayages de mariage (je vous laisse donc imaginer les magnifiques couleurs de ces robes et de l’ambiance festive que dégage ce quartier).

J’ai rencontré Vaishale à Paris lors de son échange scolaire de 6 mois en école de mode. Elle faisait un stage dans l’entreprise où je travaillais à l’époque. Toute l’équipe s’est très vite entendue, on adorait parler de l’Inde et de comment se déroulait sa vie à Paris. Quand je l’ai revu à Delhi, elle m’a soufflé l’idée de créer en Inde car l’Inde détient encore un bon nombre de savoir-faire que la France n’a plus aujourd’hui (triste réalité – les seuls ateliers français restants travaillent pour la haute couture ou pour des marques françaises ayant déjà des bonnes ressources financières. A mon échelle, je ne peux donc pas produire complètement en France).

Diwali à l'atelier
Atelier

C’est dans son petit atelier composé de 4 personnes que je passe presque toutes mes journées pour voir naître ma première collection, entre essais de couleurs, textures, modifications de patrons, création de looks… Quelle excitation ! C’est chouette de pouvoir échanger et avoir l’avis d’une amie styliste. Son équipe est d’ailleurs si adorable. Très forts dans leur domaine, ils n’ont rien à envier aux ateliers français. Ils savent parfaitement leur métier et sont force de proposition.

 

Étape 4 : Varanasi, pause énergétique au cœur de cette cité spirituelle

 

La collection prête, je prends enfin une pause pour réfléchir au shooting. Direction Varanasi, cœur de la vie spirituelle en Inde ! Voir le Gange, assister aux crémations, m’ouvrir à son énergie… Un temps pour moi pour explorer l’Inde mystique.

Varanasi est aussi bruyante que les autres grandes villes d’Inde. Les Hindous de toute l’Inde se rendent dans cette cité pour honorer leurs dieux et déesses et procéder à des rites. Chaque jour, ce sont des milliers de corps qui arrivent à Varanasi et brûlent. On dit que brûler à Varanasi, c’est cesser le cycle des réincarnations (“moksha” en sanskrit).

Difficile de la décrire tant elle est mystérieuse et magique. Elle ne se visite pas, elle se ressent, trouble et touche nos âmes. Le temps s’arrête lorsqu’on se perd dans les ruelles étroites et que d’un coup, des groupes d’hommes passent devant nous, chargés d’un corps en direction de la crémation en psalmodiant une prière. D’une douceur, on se laisse vite transporter par le rythme de cette ville : lever du soleil pour des ablutions au Gange, balade au coeur de son architecture et le long des ghats, méditer sur le cycle vie-mort-vie face aux crémations, coucher du soleil cosmique, admirer les aarti (rituel – spectacle tenu par des brahmanes tous les soirs pour honorer le Gange).

Les crémations en public peuvent déranger certain(e)s. En Inde, la vie et la mort font partie d’un tout et en tant qu’humain, nous appartenons à ce cycle de vie, mort, renaissance. Une belle leçon de vie !

 

Étape 5 : shooting à Meghalaya et Kolkata

 

Direction le nord-est de l’Inde, Meghalaya ou la « demeure des nuages » !

Cette région, la plus humide de l’Inde, reste encore très méconnue des touristes qui ne s’attardent pas dans cette partie de l’Inde, très excentrée du continent. A tort car elle offre d’innombrables trésors pour tous les amoureux de nature, en quête d’authenticité et d’aventure : des forêts primaires luxuriantes, des cascades à tomber, des ponts racines incroyablement tressés par les tribus locaux, la culture des peuples autochtones encore omniprésents (les Khasis, les Garos et les Jaintias).

 

Dawki
Dawki

 

Encore préservée du tourisme de masse et du développement à outrance, cette région mérite le détour. Au moment de chercher l’endroit parfait pour le shooting, qui réponde à mes critères (nature tropicale et sauvage où l’homme et la nature vivent en harmonie), mon ami photographe m’a proposé Meghalaya. Même son nom a quelque chose d’enchanteresse.

Je vous laisse visionner ce court reportage, tombé par hasard sur France 2 il y a une semaine. Ca vaut bien plus que des mots, voyez plutôt ! 

 

 

Pour la fin du shooting, petite escale à Kolkata (anciennement appelée Calcutta), grande ville d’Inde, coup de cœur pour son ambiance vintage et hautement culturelle ! De nombreux intellectuels indiens sont originaires de Kolkata tels que l’écrivain-poète Rabindranath Tagore (premier lauréat indien du Prix Nobel de littérature) et le cinéaste Satyajit Ray. Mère Teresa y a aussi élu domicile.

Rien à voir avec Delhi, Kolkata, 3ème plus grande ville de l’Inde, respire une certaine nonchalance, une modernité pleine de charme. Son ambiance jovial vient de ces diverses influences qui se mélangent harmonieusement : les vestiges de l’ancienne occupation britannique, les différentes religions – hindouisme, islam, jaïnisme, christianisme – cohabitant ensemble, la rue des libraires, le marché aux fleurs de Mallick Ghat, la voiture emblématique de l’Inde des années 60, l’Ambassador, devenu le fameux taxi jaune, le tramway datant du XIXe siècle…

 

Marché des fleurs

J’espère que ce voyage vous a plu et que cela vous a permis de mieux connaître mon univers et mes inspirations. Vous comprendrez que je suis folle de l’Inde 🙂 et ce fut une évidence de débuter mon projet là-bas. Elle est comme une connexion à mes racines asiatiques. 

Je suis consciente que le trajet de mes vêtements entre l’Inde et la France est immense. En tant que marque responsable, je réfléchis à comment compenser l’empreinte carbone de ces trajets, un de mes objectifs pour 2021 en plus de pouvoir continuer à créer en France. Vive 2021 pour de nouveaux projets !